Article du Canard Enchaîné du 29/12/2009
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) l’avait promis-juré : la radio numérique terrestre, ce serait pour Noël 2008.
Puis Noël 2009.
Puis Noël 2010.
Enfin peut-être, en tout cas dans trois villes (Nice, Marseille, Paris).
Quel beau fiasco !
Pourtant, grâce à ce grand tour de passe-passe technologique, la bande FM devrait être remplacée par une nouvelle fréquence numérique, où l’on devait retrouver les mêmes radios, avec un son pas forcément meilleur, mais surtout plein d’images (publicitaires).
L’auditeur allait bien sûr devoir jeter son vieux radio-réveil pour acheter un poste numérique (entre 100 et 150 euros), mais ce n’était qu’un détail…
Pourquoi ce ratage ?
Au début, le CSA part la fleur au canon, dopé par l’enthousiasme des grandes radios privées, les NRJ Group, Lagardère Activre media, Next Radio TV et RTL, qui poussent à la roue. Ces dernières n’ont alors qu’un idée en tête : basculer rapidement vers le numérique pour gagner un maximum de par de marché. En effet, en choisissant (dès 2007) une norme de diffusion ultracoûteuse, les grosses écuries des ondes comptaient limiter l’entrée de nouvelles radios, et étouffer les quelque 600 stations indépendantes et associatives qui vivent chichement ("Le Canard", 1/10/08)…
Mais, au printemps dernier, les grands groupe changent radicalement de cap : la RNT, ils n’en veulent plus. "C’est vrai qu’on a fait machine arrière, mais entre-temps, il y a eu l’effondrement de la pub. Et puis de toute façon nous n’avons plus d’argent pour la RNT" explique au "Canard" le patron d’une radio privée.
La baisse des recettes publicitaires a bon dos.
Les privées ont surtout raté leurs grands manœuvres : désireux de garantir leur sacro-sainte rentabilité, elles voulaient obtenir du gouvernement non seulement le relèvement du seuil anti-concentration (un même groupe ne peut pas desservir plus de 150 millions d’habitants), mais aussi une exonération fiscale.
N’ayant rien obtenu, les grands groupes sont allés pleurer chez Fillon, celui-ci a demandé à Marc Tessier, ancien président de France Télévision, d’étudier la question.
Et les conclusions de son rapport, remis le 17 novembre dernier, sont sans appel.
Un, lancer la radio numérique va couter horriblement cher, "entre 600 millions d’euros et 1 milliard d’euros sur dix ans".
Deux, pas question d’y injecter d’argent public car "la mission considère qu’un tel cout pour l’État serait trop élevé au regard des avantages escomptés".
Résultat des courses : les grands groupes se retrouvent pris à leur propre piège.
Ils ont choisi une norme hors de prix, qu’ils se retrouvent incapables de financer seuls.
La radio numérique attendra donc des jours meilleurs.
Quand ? En 2020, dit-on...
Nos vieux postes FM ont de l’avenir…